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07 novembre 2017

L’inconscience n’est pas l’absence de conscience

Je crois qu’il existe un état de supra conscience, entre conscience et absence de conscience, un état que sa propre mort, sa propre disparition n’altère en rien, un état de béatitude d’une discrétion absolue, que rien ne peut détruire, mais qui peut être voilé. La question de la recherche de la Vérité consiste à découvrir le voile.

Lorsque l’on confond la conscience et la connaissance, c’est-à-dire lorsqu’on veut s’accaparer la conscience des choses, vient alors l’ignorance qui est en fait une « perte de connaissance », totalement symétrique de cette prise de conscience, car la dialectique entre connaissance et ignorance est articulée autour de l’avoir.

La conscience ne se prend pas. Un chemin de vie consiste à lutter contre ce glissement de la conscience vers la connaissance.

Ce chemin empêche-t-il  de se cultiver ? En tout cas il permet de purger son inconscient.

09 novembre 2017

Présence

      Conscience

                  Connaissance

                              Savoir

                                          Compréhension

                                                        Intuition

                                                                        Acceptation

                                                                                           Accueil

                                                                                                           Disponibilité

Absence

La consolation correspond étymologiquement à l’expression de Swamiji :

« Etre un avec »

12 novembre 2017

« La crainte est le signe du devoir » nous dit Charles de Foucauld, invitation à se jeter dans ce qui est redouté pour gagner une paix ineffable.  Toute ma construction bute sur ce que j’ai à faire. La difficulté que je rencontre avec l’obéissance, fût-elle sous le signe du guru intérieur, c’est qu’elle nécessite une conscience, à chaque seconde, sans échappatoire possible,  c’est-à-dire une acceptation par tous les pores, sous toutes les coutures, « sans murmure ni hésitation »* à ce qui est. Mais à quoi cette obéissance se rapporte-t-elle exactement ? Est-ce de la fidélité à un projet, à une idée ? Dans ce cas, cette servitude volontaire ne peut faire l’économie d’ajuster le projet en le débarrassant au fur et à mesure des chimères et des puérilités qui apparaissent et le corrompent, c’est ici d’obéissance à l’intelligence et au bon sens qu’il s’agit, et rien que de cela.

« L’honneur est la poésie du devoir » Alfred de Vigny.

* Philippiens 2:14

30 novembre 2017

Je relis ce merveilleux livre de sagesse, les Yoga sutras de Patanjali, un des plus purs enseignements que je connaisse en termes de guide de vie, ainsi que de la pensée, chaque étape du discours renvoyant à la totalité du texte avec une précision et une harmonie de l’ensemble qui laissent, grâce à cette cohérence, le corps et l’âme dans un grand apaisement. La doctrine, ou plutôt la méthode de vie est synthétisée par l’ashtanga yoga, le yoga aux huit rayons qui débute par l’ahimsa, la non-violence, clé de voûte et principe de toute mise en marche sur le chemin, qui contribue à la construction du monde, c’est-à-dire à sa libération.

Les Yamas : l’acte de « tenir en main », « contenir », « soutenir », « porter », « refréner », « maîtriser », « mettre en ordre » (wikipedia). Cinq principes de conduite sont proposés avec les autres, une sorte de méthodologie éthique, pour être en paix avec le monde :

  1. La non-violence : cette invitation permet de (re)prendre contact avec le non-soi. Il s’agit du rappel à cet oubli initial de soi et de la non-séparation primordiale du monde. En me privant de la violence, je me préserve en retrouvant ma dimension réelle, en même temps que je préserve le monde.
  2. La vérité : l’alètheya des anciens grecs, étymologiquement le non-oubli (a-lèthè), il renvoie à la lutte contre la cause-racine  du mental qu’est l’oubli. A la fois ne pas oublier l’autre, le monde, en tant que faisant partie de soi, et ne pas oublier l’oubli de soi, qui est authenticité.
  3. Le désintéressement : découle des deux premiers principes, et invite à rééquilibrer son action pour sortir de cet oubli, comme un désinvestissement nécessaire du centre au profit de la périphérie de la manifestation. C’est aussi une marche vers le désinvestissement de notre violence intérieure.
  4. La modération : les trois premiers principes (non-violence, vérité et désintéressement) illuminent et appellent une prise de conscience, une mise en marche, mais la mesure devant accompagner tout cheminement, ce principe rappelle les limites de la passion rationnelle et la tempérance nécessaire à la mise en œuvre des trois premiers principes dont la compréhension peut apporter une énergie non maîtrisée.
  5. Le non-désir de possession inutile : enfin le confort qu’apporte la très grande stabilité des quatre premiers principes laisse une externalité dont ce cinquième principe énonce le risque : ce qui est rendu libre par une conscience non-violente, authentique, neutre et patiente, ne doit pas être repris, à nouveau piégé, soit par facilité (relâchement de la vigilance), soit par réveil du désir, ces deux causes témoignant d’un affaissement de la conscience. Apprendre à se suffire de ce que l’on a par ce que l’on est.

Les Yamas et surtout peut-être le cinquième nous montrent progressivement que la conduite envers les autres renvoie finalement à une conduite envers nous-mêmes, ce qu’énonce dès le début le principe d’ahimsa, la non-violence, cette fois-ci envisagée de manière intime, appliquée à soi-même. Les Niyamas vont développer cette idée à partir de l’intérieur, à partir des motifs de l’action, pour envisager un engagement, une volonté.

Les Niyamas : action signifiant une négativité : « répression », « restriction », « limitation », « abstinence », « retenue », « réserve », « discipline », « observance », « austérité », « pratique résultant d’un vœu » (wikipedia). L’action humaine n’a de sens que relativement à une volonté, une détermination, un élan conscient, l’engagement sur un chemin. Les cinq principes suivants identifient les règles par lesquelles la constitution de cette volonté qui précède l’action va en garantir la cohérence avec l’ensemble de la manifestation dont l’acteur est conscient, pour être en paix avec soi-même.

  1. Etre clair dans ses pensées et dans ses actes constitue le principe de conscience, la vigilance minimale sans laquelle ne rien faire est mieux. Car ne rien faire est toujours mieux. Ce double principe structure autant la pensée qui précède l’acte que celle qui accompagne l’acte lui-même « en temps réel », dans son immanence. Il s’agit d’une invitation à une sorte d’écrasement du temps ressenti, de ressaisissement du passé jusqu’au présent pour donner à l’acteur la plus grande conscience, la pleine responsabilité de son acte, une pleine pureté de son intention. Les pensées débouchant toujours sur un acte, être clair et pleinement présent dans ses pensées, puis être clair et pleinement présent dans ses actes. Ce principe pulvérise toute violence intérieure (puisque tout est là, et j’en suis responsable), en nous invitant à être pleinement lucide du présent ainsi que du passé dans nos projets et nos tentatives d’orienter le futur (en attirant ou repoussant la possibilité de certains événements).

Ce principe synthétise les quatre Niyamas suivants dans une dynamique de clarification de la pensée dans l’acte pour lequel elle se fonde.

Pour réussir ce Niyama :

  • Etre en paix avec ce que l’on vit sans désirer plus ou autre chose, la suffisance engendre le non-désir, et l’absence de désir génère l’apaisement, cette double implication montre d’abord la symétrie de la pensée en tant que compagnon de l’émotion, elle rappelle ensuite que le désir est un manque, qualitatif ou quantitatif, dont le prix à payer est la paix, la quiétude. Ce deuxième Niyama est un reflet de la vérité de la pensée, de son fonctionnement, et en même temps un conseil renouvelé de non-violence, cette fois-ci pour sa propre vie intérieure.

Pour réussir ce Niyama :

  • Pratiquer avec ardeur, ne pas compter lorsqu’on agit, ne pas s’économiser, tout donner est une nécessité pour ne pas lâcher sa vigilance, être à 100% dans son action. Tant qu’on n’a pas tout donné, on n’a rien donné, dit le maître. Ainsi l’acte sera réussi même si le fruit de l’action n’est jamais garanti. Ce troisième Niyama équilibre le deuxième qui pourrait amener par la suffisance à une certaine acédie ou paresse.

Pour réussir ce Niyama :

  • Apprendre à se connaître, c’est-à-dire ne pas dépasser ses limites, mais aussi vivre pleinement ses sensations, ses sentiments, ses pensées, sans répit dans la lutte pour la purification de l’inconscient. Apprendre grâce aux textes sacrés à se connaître est aussi un rappel à la non-violence qui doit présider à toute action, cette action fût-elle motivée par la passion la plus généreuse. Apprendre à se connaître, littéralement à naître en soi à chaque moment que la vie nous offre.

Pour réussir ce Niyama :

  • Apprendre à agir dans le sens de la vie, c’est-à-dire faire confiance aux signes extérieurs, si discrets soient-ils, qui orientent notre action, c’est-à-dire respecter la vie elle-même, ce qui nous permet d’être fier de la responsabilité que l’on a vis-à-vis du monde. Ce dernier principe reboucle avec l’ahimsa, premier des yamas, dans une logique de non-résistance aux éléments. Il nous ramène aussi à la nécessité dans cet enseignement d’écouter l’extérieur comme notre premier maître (le swa guru).

Proposition de tableau de correspondance entre les dix yamas-niyamas et les concepts occidentaux qui pourraient leur convenir, ce tableau doit vivre… :

Yamas (éthique)     
1Non-violenceBienveillanceBontéRespectDouceur
2SincéritéSouvenance (Non-oubli)VéritéAuthenticitéClameur
3DésintéressementBienfaisanceHonnêtetéProbitéAbnégation
4ModérationTempéranceChastetéMaîtriseMesure
5Non-convoitiseSuffisanceSobriétéSimplicitéPudeur
Niyama (spirituel)     
1ClartéConsciencePuretéIntentionnalitéLucidité, lueur
2ContentementConvenanceHumilitéNon-superfétationDécence
3ArdeurAbondanceAustéritéEnthousiasmeRigueur  
4IntrospectionConnaissance (de soi)Assiduité  
5DévotionConfiancePiétéAcceptationFerveur 

13 décembre 2017

Merveilleuse découverte dans ce livre de Daniel Roumanoff « Psychanalyse et sagesse orientale » :

  • L’intellect n’est qu’une pierre jetée par le désir de conquête inhérent à toute forme de vie
  • La volonté du mental n’est qu’une pierre jetée par l’intellect qui semble être le centre de décision.
  • La décision de l’intellect n’est qu’une pierre jetée par l’ego, cette unité apparente de l’être du monde
  • L’ego n’est qu’une pierre jetée par l’inconscient, cette immensité des causes qui le gouvernent et le justifient, inconscient sur lequel nous n’avons par construction aucun pouvoir, sinon celui de l’accepter, seul moyen de le dissoudre [et rendre conscient l’inconscient].

13 janvier 2018

Les cavaliers de l’Apocalypse : Conquête, Guerre, Famine et Mort.

La vie est une conquête, une prise, déclenchée par un désir de vivre qui se révèle de vie en vie depuis les confins de la matrice humaine. Le premier cavalier fait le simple constat qu’à l’âge adulte, ce désir de conquête qui nous est donné à la naissance reste intact comme structure de notre représentation du monde. Nous voulons le monde par le corps et par l’esprit, les deux formes de l’amour, l’amour de la chair et l’amour du savoir. Nous voulons le monde ainsi, et ainsi nous apparaît-il : un désir de conquête.

En reconnaissant ce désir de conquête intrinsèque à la vie humaine, on comprend qu’il est porteur de guerre et de conflit, cette violence qu’accompagne tout désir d’avoir. Si la vie est structurée par l’envie de victoire, de conquête, alors l’investissement dans l’art de combattre permettra de vaincre.

Cette bataille pour la vie engendre la famine, car l’activité humaine se partage difficilement entre production vivrière ou agricole et art de la guerre. La guerre entraîne fatalement la dégradation de l’alimentation.

Bientôt la mort survient, la « mort par l’épée, par la famine, par la mortalité, et par les bêtes sauvages de la terre », car l’amenuisement de l’énergie causée par la famine et la destruction amène le retour à l’immobilité ontologique : la mort.

C’est donc la volonté de victoire comme structurant notre monde qui doit être remise en question, si nous voulons nous émanciper de cette peur de la mort. Non pour la faire disparaître, mais pour être apaisé face à elle, pour se réconcilier avec elle, pour ne pas la provoquer ni se mettre en position de conflit avec elle. Pour l’accueillir sans vouloir la guerre. Faire mourir la mort, tel est le message à mon sens de ce passage des cavaliers de l’Apocalypse qui nous convie à des retrouvailles avec l’Inconnu absolu, une disponibilité face à l’aventure de la vie, en abandonnant toute crainte, en lâchant ces vieux modèles basés sur l’avoir et ses trois étapes : l’envie, la conquête et la préservation, base fatale de la guerre qui amène la famine et la mort.

En revanche si le désir ne peut être éradiqué, la guerre mentale que nous menons quant aux doutes sur sa satisfaction peut et doit nous sauver. Un désir est une mise en tension que nous subissons, auquel on peut répondre de trois manières possibles : en le jugulant, en l’assouvissant ou en le sublimant.

Juguler ou refouler un désir est une stratégie partielle et temporaire, pouvant laisser des traces durables.

Si assouvir un désir se fait en pleine conscience, aucun reliquat ne générera de volonté de retrouver ce plaisir de l’assouvissement, et le désir une fois satisfait le sera définitivement.

Quant à la sublimation du désir, elle se fait par un apprentissage long et persévérant…

 21 janvier 2018

Trois méthodes d’unification  que m’enseigne Swami Prajnanpad (D Roumanoff psychanalyse et sagesse orientale), à appliquer en permanence et simultanément :

  • Unifier mon désir, cela consiste en une vigilance accrue pour respecter le flux des sensations qui me vient des confins psychocorporels, c’est-à-dire des messages provenant du corps et amalgamés à des éléments psychiques inconscients pour la plupart. Cette connexion au corps se faisant dès que je suis à l’état de veille, l’exercice consiste à démasquer toute perception, toute sensation, toute pulsion, tout instinct qui prendrait le chemin du refoulement, de l’inconscient.
  • Ce premier exercice a pour résultat de faire monter des émotions nouvelles, qui peuvent m’effrayer, face auxquelles je peux me sentir désemparé. Etre un avec l’émotion est le deuxième exercice à pratiquer, il permet précisément de ne pas réalimenter le passé, « l’inconscience », le réservoir des vasanas avec de nouvelles  émotions qui seraient refoulées car ne pouvant, ne sachant s’exprimer.

On comprend que ces deux premiers exercices doivent s’effectuer de manière simultanée, car de fortes boucles de rétroaction entre émotion et sensation peuvent générer des effets contraires au souhait de rendre conscients les mécanismes qui m’animent et me traversent.

  • Le troisième exercice consiste à comprendre les sensations et émotions que j’ai appris à accueillir et à vivre pleinement durant les deux premiers exercices, c’est-à-dire intellectualiser la compréhension que j’en ai, de manière à :
    • d’une part évacuer complètement les reliquats de l’émotion qui n’ont pu s’exprimer jusqu’alors et qui peuvent présenter de multiples facettes (tristesse mais avec un peu de dégoût, lassitude mais avec un peu de cynisme etc.),
    • d’autre part comprendre les causes cachées de l’émotion, et dévoiler d’autres mécanismes psychiques de compensation de sa non-expression.
    • Enfin acquérir la certitude du comportement à avoir dans tous les cas de figure similaire qui ne manqueront pas de revenir, et qu’un discours intérieur solide pourra accompagner.

Evidemment, effectuer idéalement ces trois exercices dans un même temps ne constitue qu’une consigne d’ordre intellectuel, et cette consigne s’applique à une réalité où tout est amalgamé, confus, inextricable et en grande partie inconscient, ce qui explique la difficulté de mise en œuvre, mais cette opportunité de mise en pratique à tout moment constitue une intuition de sagesse disponible pour tout apprenti disciple. Sachons l’accueillir à sa juste valeur.

15 juin 2018

Tchouang-tseu dit :

« La méthode de la purification de l’esprit consiste en ceci :

D’abord se concentrer.

Ne pas écouter par l’oreille mais par l’esprit.

Ne pas écouter par l’esprit mais par le souffle.

L’oreille écoute, l’esprit représente,

Seul le souffle se conforme à toute situation

Car il est vent vide,

Le vide purifie l’esprit,

Dans le vide de l’esprit pénètre la lumière

Comme le paysage par la fenêtre d’une pièce vide.« 

Oui Ne pas écouter par l’oreille mais par l’esprit, car l’oreille se dégrade en sensation,

Ne pas écouter par l’esprit mais par le souffle, car l’esprit se dégrade en mental,

Ne pas écouter par le souffle mais par la présence, car le souffle se dégrade en déplacement d’air,

Ne pas écouter par la présence mais par l’être, car la présence se dégrade en incarnation.

L’être est écoute.

23 juin 2018

J’ai suivi ce matin une émission fort intéressante sur la philosophie de Maurras. Ce que dénonce cet intellectuel, qui est encore à l’ordre du jour de nos désordres sociaux, est cet élan romantique, qui nous amène au populisme : l’idéal chrétien était axé sur la vérité de l’idée (bien penser) et la générosité de l’émotion (bien agir). Le romantisme et notre période contemporaine en particulier ont inversé la proposition : un idéal axé sur la générosité de l’idée (bien dire) et la vérité de l’émotion (bien se dire).